Interview d’Anne-Sophie Bodineau, productrice d’Anjou rouge et d’Anjou Villages –  Domaine Bodineau aux Verchers-sur-Layon

Anne-Sophie, quel est votre parcours ?

« Mon frère Frédéric a repris l’exploitation il y a 20 ans après avoir exercé en tant que responsable de gestion dans les petites et moyennes entreprises. Je l’ai rejoint il y a 10 ans à l’occasion du départ à la retraite de notre maman. J’avais également suivi un parcours étranger au vin puisque j’étais responsable qualité dans les industries agroalimentaires.

Nous sommes quatre enfants à la maison, nous avons toujours entendu parlé de l’univers du vin à table matin, midi et soir : on « baignait » dedans. Cela fait partie de notre héritage mais ça n’a jamais été une obligation de reprendre le domaine familial, ça été un vrai choix de vie. »

Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’idée de devenir productrice de vins d’Anjou ?

« Nos études ont été l’occasion de faire le point sur ce qu’on aimait et bon an mal an, même si on essayait de sortir du cadre viticole on y revenait toujours et puis c’est une fierté de voir un patrimoine se transmettre de génération en génération. J’apprécie la polyvalence que requiert ce métier : gestion, comptabilité, technique, travail manuel… il n’y a pas de place pour la monotonie. Dans des moments de rush et de grande fatigue on se dit qu’on serait peut-être mieux ailleurs mais… ça ne dure pas plus de 2 secondes !

J’ajouterais que c’est une satisfaction de pouvoir travailler pour soi après avoir exercé en tant que salarié. Frédéric et moi nous nous appuyons toutefois sur ces expériences pour mieux appréhender les attentes de nos employés. L’entreprise est faite d’hommes et de femmes, il ne faut jamais oublier que c’est toute l’équipe qui fait avancer le domaine. »

Quelle votre vision de l’Anjou Rouge en tant que productrice ?

« J’ai une petite histoire avec l’Anjou Rouge. Au domaine nous avons une grande clientèle de particuliers créée notamment par ma maman. Quand je suis arrivée au domaine, nous avons créé une cuvée puis une nouvelle puis un jus de raisin car j’étais enceinte… du coup tous les ans les clients nous demandaient « alors c’est quoi la nouveauté ? »

J’avais une idée… et Frédéric aussi… nous voulions tous les deux produire un vin élevé en barrique :  un clin d’œil à notre grand père mais aussi une manière de nous différencier. Frédéric voulait faire un chenin, moi plutôt un rouge structuré : au final il n’y a pas eu de gagnant ni de perdant car nous avons fait les deux !

L’Anjou Rouge c’est un vin assez léger, facile à boire. Les clients apprécient de pouvoir le servir aussi bien à des amis qui arrivent à l’improviste, que sur une entrée, une viande blanche ou un barbecue : il n’y a pas de protocole ou de principes de service avec l’Anjou Rouge. On le goûte, on l’aime, on l’achète, on le sert. Il n’y a pas besoin de l’étape du vieillissement en cave. Ce sont des vins « simples » sans l’être vraiment car sur les rouges il y a une maturité à avoir sur les différents cépages, une double fermentation, un élevage qui est assez complexe etc. Quoi qu’il en soit, ce sont des vins que l’on ouvre facilement. »

Quels sont les typicités que vous aimez retrouver dans l’Anjou Rouge et dans l’Anjou Villages ?

« Dans un vin rouge, j’attends qu’il ait du corps mais aussi des notes de fruits, de cerise, de cassis et de la structure car avec un fromage il faut qu’il soit à la hauteur. J’aime aussi que les tanins soient ronds.

Au domaine, nous aimons mettre le cépage et le terroir en valeur. Nous avons donc fait le choix de produire nos Anjou Rouge et nos Anjou Villages en 100 % cabernet franc.

Ce qui les différencie vraiment c’est la date de vendanges. Nous récoltons les Anjou Rouge plus tôt pour conserver leur fraîcheur alors qu’on pousse davantage la maturité pour les Anjou Villages qui ont un côté plus velours. »

Quel est votre accord met-vin du moment ?

« J’ai déménagé récemment et nous avons partagé un beau moment avec tous ceux qui m’ont aidée ce jour-là autour d’un plateau de charcuterie et de fromage accompagné d’Anjou Rouge.  C’était simple, convivial et gourmand.

En ce qui concerne l’Anjou Villages, on a un super producteur de bœuf par chez nous, je serais donc tentée de l’accompagner d’une belle côte de bœuf ou d’une entrecôte avec une petite sauce à l’échalote. »

Et, est-ce qu’il y a un plat que vous déconseillez complètement ?

« Les tomates ! Interdit ! Les tomates du jardin avec un peu de vinaigre, d’huile d’olive et de mozzarella ça se mange tout seul, il ne faut pas servir de vin avec et encore moins du vin rouge car l’acidité du plat ne va pas le mettre en valeur. »

Le plus beau compliment que l’on puisse vous faire sur vos vins d’Anjou ?

« Les compliments… en fait c’est plutôt le visage de la personne qui réagit et qui dit « oh, c’est bon ça » ça vaut tous les compliments du monde.

J’ai tout de même de bons souvenirs avec des clients qui me disent qu’ils ont une petite pensée pour nous et pour cette semaine de vacances qu’ils ont passé aux Verchers-sur-Layon il y a deux, cinq, dix ans à chaque fois qu’ils débouchent l’une de nos bouteilles… c’est plutôt sympa. »

Anne-Sophie, le mot de la fin ?

« Je pense que les rouges de l’Anjou ont toute leur place sur les tables françaises. Je ressens une certaine dynamique autour de ces appellations, les consommateurs les apprécient et y sont fidèles. À nous de continuer à faire des vins de qualité et de faire attention à ce que l’on propose.  Je conclurais en disant que l’Anjou Rouge devient vraiment une très belle appellation. »

Domaine Bodineau

lieu-dit “Savonnières”, 5 Chemin du Château d’eau

DOUE EN ANJOU, 49700 LES VERCHERS SUR LAYON