Interview de Vincent Denis, producteur d’Anjou Rouge et d’Anjou Villages au Domaine du Petit Clocher à Cléré-sur-Layon, famille de vignerons depuis 1920.

Vincent, quel parcours as-tu suivi avant de t’installer en Anjou ?

“J’ai fait pas mal d’étapes avant d’arriver au domaine. J’ai commencé par une formation agricole au Lycée de Briacé, suivie d’un BTS viticulture-œnologie, j’ai ensuite intégré une Licence de commerce des vins à l’Université de Tours. Pendant ces études j’ai vécu des expériences sur le terrain que ce soit en tant que caviste sur Nantes, en vinification en Suisse puis en viticulture au Château Léoville Poyferré. Après mes études, j’ai travaillé un an dans un domaine de Pessac-Leognan pour me faire la main sur les vinifications en rouge. Je suis ensuite parti 6 mois en Californie dans le but d’approfondir mes connaissances, mais aussi de m’ouvrir aux vins du monde. Je me suis installé au domaine dès mon retour des États-Unis. Aujourd’hui, c’est avec mes deux cousins que je conduis le domaine familial : Julien qui est le Maître de chai et Stéphane le chef de culture.”

Qu’est-ce que ton expérience à l’étranger a changé dans ta manière d’aborder l’Anjou Rouge et l’Anjou Villages ?

“Le fait d’avoir voyagé a fait évoluer ma manière de déguster et a affiné mon seuil de perception des défauts et des évolutions en cours de vinification. En Suisse, j’ai réalisé des microvinifications : travailler à petite échelle était intéressant pour analyser l’évolution des vins, c’est vraiment très formateur. Aux États-Unis, j’ai découvert des techniques folles notamment au niveau des élevages en barriques. Ces différentes approches m’ont permis d’acquérir une autre vision du vin. Au domaine, l’élevage barrique était déjà en place sur une partie des Anjou Villages classiques, mais depuis 2016 nous avons lancé une cuvée haut de gamme : la Cuvée n° 26 avec 24 mois d’élevage dans différentes sélections de fûts. Avant ce n’était pas envisageable pour nous de créer une cuvée comme ça, mais cette innovation a été plébiscitée par les clients l’année dernière : toutes nos bouteilles ont été vendues en 2 mois et demi alors qu’elles étaient valorisées à 15/20 euros. C’est parti d’un jeu de faire quelque chose de plus haut de gamme et ça a fonctionné. ”

Quelle est ta vision des Rouges de l’Anjou aujourd’hui ?

« Nous ne produisons pas d’Anjou Gamay je vais donc m’exprimer sur ce qui nous concerne. Les rouges sont les appellations les plus importantes pour nous : quand les clients franchissent les portes du domaine, ils veulent de l’Anjou Rouge et de l’Anjou-Villages. Mes parents se sont fait connaître dans les années 90 en obtenant la Médaille Capus (médaille gravée à l’effigie de Joseph Capus, ministre de l’Agriculture NDLR) sur leur Anjou Rouge, la plus haute distinction que l’on pouvait obtenir dans ces années-là. Plus récemment nous avons été distingués “Meilleur vin de France à moins de 8 euros” en 2013 sur un Anjou Rouge 2012 par le guide Hachette des vins. Selon moi, il faut continuer à faire des vins sur le fruit avec de belles maturités, mais pas trop d’alcool pour garder cette fraîcheur qui nous différencie des vins de Bordeaux ou du Sud de la France. Il faut préserver la typicité de nos vins : des vins faciles, légers, qui peuvent être consommés un peu frais et qui s’adaptent à une large palette de plats. Les personnes qui commencent à apprécier les vins sont facilement attirées par des vins “chauds” dans lesquels on ressent immédiatement la matière. Plus on éduque son palais plus on se tourne vers des vins de fraîcheur : on va rechercher de la finesse, quasiment de la haute couture sur le fruit et l’élégance plutôt que de l’alcool.

L’Anjou Villages est un vin plus marqué, avec des macérations longues et qui est mis à la vente plus tard pour que les tanins s’arrondissent pendant l’élevage. C’est peut-être un vin moins ciselé que l’Anjou Rouge, mais il offre plus de puissance et de potentiel de garde. Il s’agit davantage d’un vin de gastronomie. »

Comment abordes-tu l’avenir des rouges de l’Anjou sur la prochaine décennie ?

« On a constaté une belle montée qualitative en Anjou ces 15 dernières années et on va continuer à progresser. Il existe une réelle dynamique de vignerons angevins sur l’innovation, la qualité et la prise de conscience écologique.

Rappelons que nous sommes le premier vignoble de France à avoir banni le désherbage chimique total. Au fur et à mesure des années, nos vins ne peuvent que monter en gamme et en reconnaissance, j’envisage donc un avenir serein. Là où certaines régions sont en crise sur les rouges, nous avons une épingle à tirer du jeu : tout le travail que les autres vignobles n’ont pas réalisé parce qu’ils étaient reconnus, nous on y a été et ça va faire la différence. »

Quel serait le plus joli compliment que l’on puisse te faire sur un Anjou Rouge ?

« Quand on me dit que l’Anjou Rouge est hyper facile, aromatique, fruité qu’il est déjà rond alors que c’est un 2018 et qu’il est tout juste sorti : c’est super, c’est pile ce qu’on voulait faire ! Un vin de copains qui va pouvoir s’apprécier en toutes occasions. »

Quels sont tes accords mets-vins favoris sur les Rouges de l’Anjou ?

“L’Anjou Rouge je l’adore sur une viande blanche, une pintade avec des figues, quelque chose d’un peu sucré en finale. Pour les Anjou-Villages on va aller sur des choses plus puissantes, un fromage bien affiné, ou tout simplement une belle pièce de bœuf : pas besoin d’aller chercher midi à 14 h pour se faire plaisir !”

Et à l’apéritif ?

« Pourquoi pas, légèrement frais sur des petites noix de jambon ou des fromages à pâte molle… C’est la force de l’Anjou Rouge : on peut le boire avec énormément de plats. »

Le mot de la fin ?

“L’Anjou Rouge, c’est un vin qui s’ouvre au plus grand nombre, un vin de plaisir. Les restaurateurs l’adorent car une table qui va commander une viande blanche, un poisson, une viande rouge : l’Anjou Rouge fait consensus, c’est le vin du mariage ! ”

Merci à Vincent pour cette interview !

Domaine du Petit Clocher

La Laiterie, 49560 Cléré-sur-Layon